Tant qu’il y a de la Vie / témoignage d’une jeune maman pour la première fois , un accouchement en temps de pandémie

Ce témoignage m’a été beaucoup demandé au regard des événements et sur le fait que j’ai accouché de mon premier enfant . Il n’a aucunement valeur d’être universel car chaque femme a cette force et ce pouvoir d’être si différente dans sa maternité !

Tout commence par dix milles questions, qui s’agitent, bouleversent et font remuer les cœurs et les corps . Donner la vie , s’y préparer , il faut bien neuf mois pour y arriver non ? La nature est si bien faite .

Alors on imagine, on essaie de se faire à l’idée d’une expérience qui dépasse l’être , qui nous paraît impalpable, tant qu’elle n’est pas vécue .

Les facteurs à prendre en compte pour un accouchement il y en a des tas.

La peur , l’anxiété, le doute , la crainte de ne pas savoir gérer la douleur… ect .

Mais la crainte d’une pandémie mondiale, ça dépasse l’entendement. Ça amène des états d’anxiété pas possible et on se retrouve comme un idiot à rester devant des informations et des chiffres qui évoquent tout sauf la vie . Entre les informations et les rumeurs colportées sur les réseaux sociaux , les angoisses de contamination des nouveaux nés ou des parents , et les protocoles de maternité qui changent chaque jour , difficile d’y voir clair .

Mais rappelons nous, qu’Il est bien question de vie dans l’accouchement ! Et c’est dans cet état d’esprit que j’ai voulu me projeter. Pour rester positive et me focaliser sur cette force , et cette puissance insoupçonnée dès lors qu’on ne l’a pas expérimentée, et qui fait de nous des mères et que j’ai compris maintenant .

Il est vendredi 3 avril au soir – 22:00, notre chat galipette d’habitude plutôt calme devient insupportable et commence à s’installer dans le berceau cododo de notre chambre . Un signe ? Oui sans doute, puisque vers 3h du matin je commence à sentir des contractions qui me coupent le souffle . J’essaie de me focaliser sur cette douleur et ces sensations que mon corps et mon esprit ne connaissent pas encore . Je les visualise comme une vague et j’ouvre ma main et la referme à chaque nouvelle apparition de contraction. Je me rapelle des mots de ma sage femme : soyez acteurs de votre accouchement, les contractions sont vos amies , elles sont vos alliées . Elles vous rapprochent de votre bébé ne les craignez pas ! Nous partons donc à la maternité saint Joseph à 5:30. Nous sommes samedi matin. La nuit est calme, personne sur la route . L’air frais qui passe par la fenêtre de la voiture me fait du bien et j’essaie d’imaginer la suite .

Arrivée à 6h à la maternité, et là c’est la douche froide . Mon mari si investi dans les cours de préparation à la naissance et dans cette grossesse, ne peut m’accompagner en pré-travail . Il n’est autorisé à me rejoindre qu’en salle de naissance , dès lors que mon col serait ouvert à 3 et qu’une péridurale puisse être posée.

Je me retrouve donc seule , à être en salle de monitoring , et à devoir gérer cette douleur qui monte et s’amplifie. La frustration de mon mari est si triste , nous avions prévu des exercices ensemble pour qu’il puisse m’accompagner et me soulager – ballon, massage ect . Et le voici complètement impuissant dans la salle d’attente à attendre les mains vides et le cœur si inquiet . Qu’à cela ne tienne , nous essayons de nous rassurer mutuellement avec la visio du téléphone. Mais sa présence me manque terriblement . Je suis triste et en colère même

Si je comprend les raisons de ces conditions difficiles . En effet, les salles de monitoring peuvent accueillir plusieurs personnes , et se faire croiser des gens susceptibles d’être porteur du virus est alors possible . C’est pour cette raison que les papas ne sont pas acceptés avant .

Mon col s’ouvre progressivement , mais lentement . Me voici rassurée car j’appréhendais que l’on me renvoie chez moi . Une fois de plus je me rapelle les mots de ma sage femme : soyez acteur de votre accouchement , ne restez pas inactif pendant le pré travail. Bougez ! Je fais du ballon, je marche de long en large dans les couloirs .

Je suis presque seule dans cette salle de monitoring qui a sa fenêtre ouverte. Une future maman dont la césarienne est programmée y est installée mais ne restera qu’une petite heure . Je suis de toute façon concentrée et ne me donne pas la peine de sociabiliser.

Il est 12:00. Mon col est enfin ouvert à 3. À

Ce moment là je suis plutôt fière d’avoir su gérer la douleur toute seule . La sage femme me propose la péridurale, et je lui répond que j’aimerai bien attendre un peu afin qu’elle me la pose à une ouverture de 5. Baudouin réussi à me passer un sandwich et nous nous regardons par la fenêtre , comme deux amants qui s’aiment en secret .

Cependant il y a du monde en salle de naissance et je n’y accède qu’à 14h. Entre temps les contractions ont augmenté, et je perds de ma superbe . Je suis à 4 et finalement je la veux bien maintenant !

On appelle Baudouin qui peut enfin me rejoindre , et on passe enfin en salle de naissance . Malheureusement pour moi, on a oublié de me faire une prise de sang nécessaire à la péridurale – une histoire de plaquette d’après ce que j’ai compris – et le temps de me faire cette prise de sang et d’avoir les résultats , il faut encore attendre .

15:00 . Les contractions reprennent de plus belle. Ça me coupe le souffle , j’essaie de visualiser ces vagues qui sont de plus en plus régulière . J’ai affaire à un tsunami bien plus fort que moi , qui me ramène à une certaine humilité de l’homme face à la nature . Je tremble de tout mon corps, j’ai froid extrême en endurant cette tornade intérieure .

Baudouin m’aide tant bien que mal en soufflant avec moi et en me laissant broyer sa main. On met une playlist un peu Chill sur Deezer pour détendre l’atmosphère . Il est inquiet , mais je tente de rester maître de moi-même malgré la douleur.

16:00. Enfin les résultats sanguins arrivent et la péridurale avec ! L’anesthésiste s’y reprend à deux fois , car je suis de nature assez cambrée . J’ai peur qu’il me gronde alors qu’en fait il est désolé pour moi que cela prenne autant de temps . Et c’est sur Beat It de ce bon vieux Michael Jackson que la péridurale est enfin posée . Je me dis que cette musique donne le ton à mon accouchement , et ça me fait sourire .

Je suis enfin relax , et à partir de ce moment là , le bébé descend très rapidement dans mon ventre . 18:00. Me voici à 6, à 20:00 je serai à 8 et à 22:30 le cap de 10 sera passé .

La sage femme me dit qu’elle ne sait pas si je vais accoucher le 4 ou le 5, mais c’est pour bientôt ! Je suis super excitée , et commence à envoyer quelques messages à des amis – qui hallucinent un peu de voir que je suis super détendue à quelques heures de donner la vie . On me place un masque sur la bouche, et on m’explique qu’à cause du protocole de Covid, c’est indispensable . Le masque me gêne un peu mais je reste concentrée .

Les salles de naissance se sont vidées et la sage femme me dit que j’ai de la chance car nous ne sommes que deux à attendre . On va pouvoir commencer à pousser . C’est parfait car je ne suis pas trop fatiguée et je me sens vraiment en confiance . J’ai demandé à ne pas lui toucher les cheveux ou à ce que ce soit moi qui le saisisse . J avais vu cela dans des émissions sur la naissance , et je ne me sens pas de le faire à ce moment là . Il n’y a que la sage femme , une infirmière et Baudouin auprès de moi . C’est finalement très intimiste et loin des cris et de la sueur auquel je m’attendais .

La sage femme me demande de pousser une première fois , et voyant que cela marche bien me demande de continuer. Je dose la péridurale comme il faut et j’ai cette joie immense de sentir que mon tout petit descend bien les différents niveaux de mon bassin. C’est assez hallucinant mais il est déjà au niveau 3 en deux heures , ce qui impressionne la sage femme! Et en 15mn de poussée , voici la Vie ! Je n’en reviens pas que cela soit aussi rapide , aussi simple finalement .

Et c’est bien là le pouvoir qui s’oppose à tout , la simplicité d’une vie qui arrive et qui emporte tout sur son passage . Qui fait vaciller ce qu’on imagine , qui crée un puit sans fond d’amour maternel. Léopold est arrivé à minuit quarante quatre . Et son cri que je prend pour un cri de joie d’entrer dans notre monde , me transporte et m’émeut .

Tant qu’il y a de la Vie !

La suite de couche sera plus difficile que l’accouchement en lui même au niveau du moral . Les visites sont interdites , et je dois rester dans ma chambre sans possibilités de sortir pour me dégourdir les jambes .

A situation exceptionnelle , protocole exceptionnelle . Les pères ne sont pas admis non plus , et le temps me semble bien long .

Heureusement j’ai demandé à mes plus proches amis de m’écrire et de m’envoyer des notes vocales . Je reçois des messages de soutien de toute part , et c’est un vrai cadeau pendant ce séjour à la maternité .

L’utilisation des nouvelles technologies m’a beaucoup aidé , et j’ai pris énormément de photos et de vidéo pour présenter mon fils à mes proches . Évidemment il y a de la frustration à cause de ce fichu virus , et nous espérions, surtout pour une première naissance , le faire passer de bras en bras .

Mais la joie n’en sera que plus grande après !

Je tiens à remercier le personnel de la maternité de saint Joseph qui a été au petit soin avec moi . Et un grand merci à Camille la sage femme qui m’a accouché , et à Thais qui m’a suivi à saint Jo , sans oublier Ornella qui m’a suivi en libérale et qui a été de très bons conseils .

Aujourd’hui 9 avril , je suis rentrée à la maison et nous sommes si heureux d’être enfin ensemble .

C’est dur de ne pouvoir présenter mon fils à mes proches et à la famille , mais une fois de plus je reste dans cet optimisme que j’espère transmettre à mon fils : tant qu’il y a de la Vie !

Publié par Albane de Marnhac

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